Perrine Rouillon • La Petite Personne

La petite personne, c’est quelqu’un qui se pose pas mal de questions sur ce qui fait qu’elle est là, sur une page, dans un livre. On peut comprendre, après tout, c’est quand même tout une histoire de se retrouver là, dans ce truc de papier tout plié, à attendre que quelqu’un l’ouvre. Au moins l’ouvrir. Et être lue, encore mieux.
Mais la Petite Personne, dès que tu la vois, tu la lis. C’est comme ça. Ne lui demande pas si elle est une écriture ou un dessin, ça l’énerve. Elle est les deux en fait.
Et là, elle n’est pas toute seule…

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Perrine Rouillon
Moi et les autres Petites Personnes on voudrait savoir pourquoi on n’est pas dans le livre
aux éditions Thierry Marchaisse

Dimanche 9 Octobre 2016 : Rencontre avec Perrine Rouillon, Librairie Le Monte-en-l’air, 71 rue de Ménilmontant Paris 20e, à partir de 17h

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heureuse deux mille seize

Paris, le 10 janvier, 2016

Chers amis,

À supposer que l’on me demande ici, comme il est de coutume en ce mois de janvier, de formuler pour cette nouvelle année deux mille seize tous les délices que je vous souhaite, j’en profiterais bien par la même occasion pour mettre à exécution une petite résolution que je préfère tenir secrète** pour l’instant en espérant qu’elle ne nuira pas trop à la qualité de mes voeux (et si c’est le cas je fais appel par avance à votre amicale indulgence) en vous suggérant d’adopter une rime en eize*, qui est une indication assez fiable sur la direction à prendre cette année, ce qui vous permettra par exemple de chanter avec le vent sur la falaise, d’arrêter la mayonnaise et de commencer le trapèze ou d’écrire le scénario d’une nouvelle série en seize épisodes intitulée « Punaise & Balèze » – dont les personnages principaux sont deux petites bactéries préhistoriques réveillées par le réchauffement climatique – et de bien vouloir m’aider par votre contribution à étoffer ma collection de bonnes résolutions en eize.

A nous deux mille seize !

Marie-Astrid

* pour vous aider, une petite liste – mayonnaise, balèze, taise, à l’aise, parenthèse, braise, hypothèse, chaise, punaise, dièse, trapèze, fraise, breizh, falaise, plaise, complaise, malaise, synthèse, glaise, fournaise, anglaise, génèse… et j’en passe !

** vous souhaiter une bonne année deux mille seize en une seule phrase de mille seize caractères (espaces compris), inspirée d’une contrainte oulipienne dont vous trouverez la recette à l’adresse suivante : http://oulipo.net/fr/contraintes/a-supposer

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Frank Smith, Surplis

«Je pense à toi, comment produire une idée de toi ?»
Cette interrogation surgit un peu en dehors du format habituel de la couverture du livre, comme une note préparatoire (à l’écriture autant qu’à la lecture peut-être), et pourtant elle est bien imprimée sur la couverture.
«Je pense à toi, de nouvelles choses apparaissent, mais les anciennes ne disparaissent pas»
«Je pense à toi sans porte ni fenêtre»
Ce livre se joue du format et des codes graphiques de l’édition littéraire, par un effet d’empilement de papiers de tailles différentes, en trompe-l’œil. Sous la couverture noire « classique » des éditions Argol quelque chose déborde, vraiment.
«Je pense à toi sans commune mesure»
«Je pense à toi en expérience de cause»
Ce livre est sans mesure commune… Chacun y trouve le bon format pour y déplier une pensée de la pensée à l’autre.
«Je restitue les limites»
C’est sans tapage graphique et avec humour que s’invente une forme, un objet-livre en résonance avec la nature du texte.
Une création graphique de Julie Patat élaborée dans le cadre de sa formation en design typographique à l’école Estienne à l’occasion d’une rencontre avec Frank Smith (alors en résidence au domaine de Chamarande) en 2013.
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Les auteurs occupent la page dans la revue Grumeaux#4

Ce qu’il y a de bien dans cette histoire de livre de papier qui pourrait disparaître, c’est qu’enfin on regarde d’un autre œil cet objet plié et multiplié qui rend compte si simplement des aventures poétiques les plus singulières.
Les pages deviennent alors des lieux vivants et menacés qu’il faut habiter, investir, occuper à la manière d’un piquet de grève.
C’est ce qu’ont fait les contributeurs de la revue Grumeaux dans un même élan : subvertir le pavé de texte, l’éclater, déborder dans les marges, renoncer à la mécanique typographique pour la défier et même la nier en composant à la main.
Désaligner les lettres, les suspendre, changer de corps inopinément.
On voit mieux comme ça le corps de mots. Et c’est bien.

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Les auteurs ont été aussi invités à dire de quelle façon la mise en page et la typographie interviennent dans leur processus d’écriture.
La question de l’outil est bien sûr en jeu dans cette appropriation nouvelle de la typographie : « Tout comme la peinture en tube a changé la façon de peindre, « word » et ses suites d’application sur ordinateur changent radicalement la façon d’écrire. Rien ne se trace, il n’y a plus de lettre plus ou moins mal tracée qui puisse faire hésiter sur le sens définitif d’un mot. » (Jean-François Bory)
Rémi David parle de LAVA, son livre à paraître bientôt : « La mise en page est dans LAVA inséparable de la question typographique si l’on accepte de considérer la ponctuation du texte, sa surponctuation, comme une forme de typographie. L’usage du point y est massif. » Ces décrochements aux usages normés de la ponctuation sont justifiés par un besoin de retranscription de la voix comme elle a été entendue. Le texte veut aussi se faire entendre : « En cela mon écriture relève de ce que j’appelle le « dix-art » : un art fait pour être dit. Que le texte soit dit à voix haute ou basse, mais où la manière dont il est dit, scandé, articulé, annonné ou piétiné est primordial pour partager avec le lecteur une même expérience du texte, une même manière de vivre le texte. »
Michèle Métail joue sur le temps de lecture, impose un rythme : « Les 144 carnets du premier Gigantexte amplifient le geste de la tourne des pages et provoquent un étirement du temps de lecture. »
Martin Högström évoque le corps du lecteur dans l’acte de lire : « Un lecteur d’un poème rond dont le rayon mesure 15 cm se comporte autrement que le lecteur d’un poème similaire dont le rayon mesure 8 cm : le premier bouge sa tête en lisant tandis que le deuxième ne bouge que ses yeux. Ce deuxième lecteur se trouve plus proche du sens sublimé par les mouvements saccadés des yeux. Le premier est davantage conscient de son corps lisant. »
Expérimentations et processus mis à plat : 
un tout petit aperçu de ce qui se trame dans les pages de Grumeaux 4, à retrouver ici !

Avec les contributions de
Derek Beaulieu, Luc Bénazet, Hélène Bessette, Jean-François Bory, Guillaume Cayet, David Christoffel, Rémi David, Jacques Demarcq, Larry Eigner, Robert Fitterman, Typhaine Garnier, Martin Högström, Anne-Sarah Huet, Anne Kawala, Rachel Levitsky, Laure Limongi, Barbara Manzetti, Michèle Métail, Katalin Molnar, Jean-Luc Parant, Charles Pennequin, Maurice Roche, Stephen Rodefer, Clothilde Roullier, Christophe Tarkos.
Directeur de la publication : Yoann Thommerel.

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Raymond Federman, Quitte ou double

Note de l’éditeur, Léo Scheer : Dans Quitte ou double, les pages prennent corps par les mots, concrétion physique et matérielle qui leur donne forme et sens. Pour chaque page, Federman invente une structure nouvelle, images ou diagrammes dessinant une voix. Les mots se déplacent, se ramassent, se bousculent et se heurtent en une excursion, un tour de force mêlant calembours, pastiches et parodies. En cet espace de jeu espiègle et étincelant se côtoient 3 instances et 2 récits, soit plusieurs histoires simultanées : Un homme (le narrateur, niveau 1) veut relater les faits et gestes d’un individu (le rédacteur, niveau 2) décidé à s’enfermer 365 jours pour écrire une année de la vie d’un jeune garçon (le personnage, niveau 3) juif arrivé en Amérique au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Mais chacune de ces instances est trop obsédée par sa propre histoire pour qu’aucun récit puisse être mené à bien – sinon celui de l’élaboration textuelle elle-même. Jouant habilement d’une même histoire reprise de livre en livre, Raymond Federman compose un texte tour à tour amusant et désespérant, où nouilles, papier toilette, pâte dentifrice, métro et chaussette pleine de dollars deviennent les pierres de touche de la découverte de Nouveaux Continents : l’Amérique, et le texte.  » Quitte ou double  » : réfléchir monde et mots au risque de se retrouver devant la réalité nue, crue, au terme de cette avide exploration de la langue, pâte et nouille sans cesse pétrie, goûtée, mise en bouche et savourée, jusqu’au dernier morceau d’un mesclun de procédés textuels et sensuels à la fois léger et substantiel.


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e. e. cummings, le poète de la « minuscule lyrique »

Edward Estlin Cummings (1894, Cambridge, Massachusetts – 1962, New York) est l’un des poètes américains les plus importants du XXe siècle. Il a expérimenté de façon radicale la forme du poème (ponctuation, orthographe, syntaxe) inventant une nouvelle langue dans la langue.
Isabelle Alfandary E.E. Cumming ou la minuscule lyrique/www.editions-belin.com/

Miller Philip, « La déviation grammaticale chez E. E. Cummings Une étude de what if a much of a which of a wind », Études anglaises 2/ 2004 (Tome 57), p. 187-201
www.cairn.info/revue-etudes-anglaises-2004-2-page-187.htm.
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(Merci à Yoann T. pour la référence et les photos !)

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Balzac, Physiologie du mariage

De Retour des Rencontres de Lure 2014. (Où l’on suit avec attention, depuis plus de 60 ans, les métamorphoses de la typographie, de ses racines à ses usages, jusqu’à ses nouvelles applications numériques). Toutes les usagers et amoureux de la lettre s’y croisent : on y parle autant de graphisme, de calligraphie, de littérature, de code ou de dramaturgie, que de psychanalyse, d’éducation, de philosophie ou d’édition.
Avec la typographie comme point de rencontre.
Plusieurs intervenants ont évoqué directement les liens entre littérature et typographie.

Emmanuel Souchier nous a présenté notamment ses recherches en cours sur La physiologie du mariage de Honoré de Balzac (édition Charpentier de 1838) et ses hypothèses sur le sens de quelques pages de la méditation XXV, composées de caractères typographiques sans logique de sens, parfois à lenvers, et de blancs marqués par des bandes noires en haut et en bas.
Depuis la parution du livre, en 1829, on a cherché à élucider ce qui aurait pu être un message crypté, à code, mais toutes les tentatives ont échouées. Emmanuel Souchier préfère parler de «carnaval typographique» que de cryptogramme. Le carnaval est un rite de passage, une licence masquée. On peut y voir une sorte d’invitation au lecteur à lire entre les lignes, à sapproprier cet espace. E. Souchier introduit le concept d’hétérotopie (élaboré par Michel Foucault en 1967), lieu symbolique du texte ou la relation devient possible entre lauteur, lœuvre, léditeur et le lecteur. «Un espace d’énonciation éditoriale.»
Parallèlement à ses activités d’écrivain, Balzac est pendant un temps éditeur-imprimeur et même fondeur de caractères. («J’ai oublié l’homme de lettre, il a fait place à l’homme de lettres de plomb.») C’est une époque de doutes. Il n’est pas encore sûr de sa vocation d’écrivain, et ses nouvelles activités n’ont pas non plus le succès commercial espéré.  Il a lui-même composé une partie de La physiologie du Mariage dans son atelier, alors que son imprimerie est proche de la faillite. Il a une conscience claire de la matérialité du texte, de la présence physique des signes typographiques.

Emmanuel Souchier propose de prendre ce jeu de lettres (de lêtre) au sérieux.
Dans un Errata placé en fin d’ouvrage, Balzac en donne en quelque sorte les règles :
«Pages 319, 320 et 321.
Pour bien comprendre le sens de ces pages, un lecteur honnête homme doit en relire les principaux passages ; car l’auteur y a mis toute sa pensée. Dans presque tous les endroits du livre ou la matière peut paraître sérieuse, et dans tous ceux où elle semble boufonne, équivoquez.»
Equivoquez. Ordre est donné au lecteur de jouer le jeu de la littérature, d’intégrer le processus littéraire. D‘agir sur le texte par la pensée à la manière de l’art ancien de la contrepetrie qui consiste à échanger une lettre contre une autre pour renverser le sens.
La littérature comme la typographie sont des jeux de lettres.
Elles peuvent jouer l’une pour l’autre. Et inversement.

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