Raymond Federman, Quitte ou double

Note de l’éditeur, Léo Scheer : Dans Quitte ou double, les pages prennent corps par les mots, concrétion physique et matérielle qui leur donne forme et sens. Pour chaque page, Federman invente une structure nouvelle, images ou diagrammes dessinant une voix. Les mots se déplacent, se ramassent, se bousculent et se heurtent en une excursion, un tour de force mêlant calembours, pastiches et parodies. En cet espace de jeu espiègle et étincelant se côtoient 3 instances et 2 récits, soit plusieurs histoires simultanées : Un homme (le narrateur, niveau 1) veut relater les faits et gestes d’un individu (le rédacteur, niveau 2) décidé à s’enfermer 365 jours pour écrire une année de la vie d’un jeune garçon (le personnage, niveau 3) juif arrivé en Amérique au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Mais chacune de ces instances est trop obsédée par sa propre histoire pour qu’aucun récit puisse être mené à bien – sinon celui de l’élaboration textuelle elle-même. Jouant habilement d’une même histoire reprise de livre en livre, Raymond Federman compose un texte tour à tour amusant et désespérant, où nouilles, papier toilette, pâte dentifrice, métro et chaussette pleine de dollars deviennent les pierres de touche de la découverte de Nouveaux Continents : l’Amérique, et le texte.  » Quitte ou double  » : réfléchir monde et mots au risque de se retrouver devant la réalité nue, crue, au terme de cette avide exploration de la langue, pâte et nouille sans cesse pétrie, goûtée, mise en bouche et savourée, jusqu’au dernier morceau d’un mesclun de procédés textuels et sensuels à la fois léger et substantiel.


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e. e. cummings, le poète de la « minuscule lyrique »

Edward Estlin Cummings (1894, Cambridge, Massachusetts – 1962, New York) est l’un des poètes américains les plus importants du XXe siècle. Il a expérimenté de façon radicale la forme du poème (ponctuation, orthographe, syntaxe) inventant une nouvelle langue dans la langue.
Isabelle Alfandary E.E. Cumming ou la minuscule lyrique/www.editions-belin.com/

Miller Philip, « La déviation grammaticale chez E. E. Cummings Une étude de what if a much of a which of a wind », Études anglaises 2/ 2004 (Tome 57), p. 187-201
www.cairn.info/revue-etudes-anglaises-2004-2-page-187.htm.
ee cumming2 photo photo
(Merci à Yoann T. pour la référence et les photos !)

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Balzac, Physiologie du mariage

De Retour des Rencontres de Lure 2014. (Où l’on suit avec attention, depuis plus de 60 ans, les métamorphoses de la typographie, de ses racines à ses usages, jusqu’à ses nouvelles applications numériques). Toutes les usagers et amoureux de la lettre s’y croisent : on y parle autant de graphisme, de calligraphie, de littérature, de code ou de dramaturgie, que de psychanalyse, d’éducation, de philosophie ou d’édition.
Avec la typographie comme point de rencontre.
Plusieurs intervenants ont évoqué directement les liens entre littérature et typographie.

Emmanuel Souchier nous a présenté notamment ses recherches en cours sur La physiologie du mariage de Honoré de Balzac (édition Charpentier de 1838) et ses hypothèses sur le sens de quelques pages de la méditation XXV, composées de caractères typographiques sans logique de sens, parfois à lenvers, et de blancs marqués par des bandes noires en haut et en bas.
Depuis la parution du livre, en 1829, on a cherché à élucider ce qui aurait pu être un message crypté, à code, mais toutes les tentatives ont échouées. Emmanuel Souchier préfère parler de «carnaval typographique» que de cryptogramme. Le carnaval est un rite de passage, une licence masquée. On peut y voir une sorte d’invitation au lecteur à lire entre les lignes, à sapproprier cet espace. E. Souchier introduit le concept d’hétérotopie (élaboré par Michel Foucault en 1967), lieu symbolique du texte ou la relation devient possible entre lauteur, lœuvre, léditeur et le lecteur. «Un espace d’énonciation éditoriale.»
Parallèlement à ses activités d’écrivain, Balzac est pendant un temps éditeur-imprimeur et même fondeur de caractères. («J’ai oublié l’homme de lettre, il a fait place à l’homme de lettres de plomb.») C’est une époque de doutes. Il n’est pas encore sûr de sa vocation d’écrivain, et ses nouvelles activités n’ont pas non plus le succès commercial espéré.  Il a lui-même composé une partie de La physiologie du Mariage dans son atelier, alors que son imprimerie est proche de la faillite. Il a une conscience claire de la matérialité du texte, de la présence physique des signes typographiques.

Emmanuel Souchier propose de prendre ce jeu de lettres (de lêtre) au sérieux.
Dans un Errata placé en fin d’ouvrage, Balzac en donne en quelque sorte les règles :
«Pages 319, 320 et 321.
Pour bien comprendre le sens de ces pages, un lecteur honnête homme doit en relire les principaux passages ; car l’auteur y a mis toute sa pensée. Dans presque tous les endroits du livre ou la matière peut paraître sérieuse, et dans tous ceux où elle semble boufonne, équivoquez.»
Equivoquez. Ordre est donné au lecteur de jouer le jeu de la littérature, d’intégrer le processus littéraire. D‘agir sur le texte par la pensée à la manière de l’art ancien de la contrepetrie qui consiste à échanger une lettre contre une autre pour renverser le sens.
La littérature comme la typographie sont des jeux de lettres.
Elles peuvent jouer l’une pour l’autre. Et inversement.

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Jean Giono et la typographie

En 1995, une exposition du Centre Jean Giono à Manosque « Giono en caractères » mettait l’accent sur la sensibilité particulière de l’écrivain aux formes de l’écriture.
D’une rencontre avec le graphiste-typographe Maximilien Vox naît une amitié et un grand projet : fusionner littérature et typographie. Des correspondances et entretiens enregistrés en gardent la trace :
https://sites.google.com/site/pourmaximilienvox/1-de-vox/mort-de-gutenberg

En 1952, Maximilien Vox et Jean Giono fondent avec Jean Garcia, Robert Ranc et d’autres amis les Rencontres de Lure, au moment précis où la typographie amorce un tournant décisif de son histoire : la fin des caractères en plomb, remplacés par la photocomposition, un procédé photographique qui permet de composer des textes. Il est lui-même balayé à la fin des années 80 par le numérique et la PAO.  Les Rencontres de Lure ont pour vocation d’observer et d’accompagner cette mutation des métiers graphiques et de créer des liens entre tous ceux dont la typographie est au cœur de leur pratique professionnelle et artistique. Elles continuent de proposer chaque année une semaine de rencontres dans le village de Lurs en Haute Provence.
http://delure.org/

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Tim Gaze / Asemic writing

L’australien Tim Gaze m’a envoyé un mail pour me parler de son travail et j’ai découvert le terme de « Asemic writing », que l’on pourrait peut-être traduire par « écriture sans langage », proche du mouvement du lettrisme.
Il l’explique sur ces deux liens :
http://lex-icon21.blogspot.fr/2012/03/lex-icon-blog-project-post-3-tim-gaze.html
http://asemic.net/

Il a également créé une maison d’édition où il publie son travail (100 scenes) et celui d’autres auteurs qui pratiquent l’écriture asémique :
http://asemic-editions.blogspot.com.au/

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Zoë Sadokierski / Mot et image dans la fiction contemporaine

Zoë Sadokierski est graphiste, auteur et chercheuse à l’université de Sydney. Elle s’intéresse aux éléments graphiques présents dans une œuvre littéraire et tient un blog (On publication design for page and screen) qui traite de ces sujets entre autres. Elle prépare une thèse sur les « Hybrids novels ».
http://zoesadokierski.blogspot.fr/2006/11/seminar-presentation-word-in.html

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Christian Dotremont, logogrammes

Christian Dotremont est un poète belge (1922-1979), fondateur du groupe « surréaliste révolutionnaire » de Belgique en 1947 et du mouvement d’art expérimental Cobra (Copenhague, Bruxelles, Amsterdam), mais surtout créateur de logogrammes.

Un logogramme est un poème calligraphié dans l’instant, à l’encre ou la peinture, dans lequel l’écriture devient image du sens, énergie du geste du texte qu’elle porte, jusqu’à en perdre la lisibilité pour devenir pure forme. Le texte de ce poème est généralement réécrit en légende au crayon dans une autre écriture toujours manuelle mais lisible d’écolier appliqué. Tracés sur les supports les plus variés : valises, photographies, ou dans la neige en Laponie (logoneiges et logoglaces).

Christian Dotremont est saisi par l’aspect physique de son écriture. Il cherche à faire coïncider le geste de l’écriture avec la fulgurance du texte improvisé. Le poète Yves Bonnefoy qui était l’un de ses amis dit que : «Dotremont avait cru pouvoir remarquer, quand il n’était qu’un petit enfant, que certaines plantes ont une apparence de lettre, que le vent passe dans les herbes comme la main qui écrit court dans les mots : il avait rêvé ainsi d’une continuité de la forme vivante et de celle des signes de l’alphabet ce qui montre qu’il était prêt à ressentir que les lettres, celles que l’on fait naître avec le crayon ou la plume, ont en retour quelque chose sinon même beaucoup des plantes et peuvent s’emplir comme ces dernières des énergies de la vie. Les lettres sont, ou du moins elles peuvent être, pour qui ne les étouffe pas sous sa plume, le dehors vivant de la vie, un moyen pour celle-ci de croître, de devenir.»

Le peintre Pierre Alechinsky, autre membre de cobra, dit de lui : «Dotremont, maître des mots, dessine au pinceau ce qu’il pense, voit et pourrait déclamer. Le poème remue, devient peinture. Dotremont réussit à créer ses poèmes dans le temps même de leur tracé pictural. Tour de force car il ne peut comme un peintre arrêter en chemin, ajouter, élaguer, obligé qu’il est de dérouler d’une seule venue la phrase d’encre. C’est cet élan, dans le geste, sans une retouche, qui le meut.»

Citations de Christian Dotremont
La vrai poésie est celle où l’écriture a son mot à dire.

À mon avis les logogrammes ne sont pas des calligraphies, chaque logogramme étant un manuscrit original : je ne cherche pas à raffiner, je ne cherche pas la perfection. […] Dans les logogrammes mon écriture est libre, je ne me soucie pas de lisibilité, et j’aboutis à une « lisibilité » de « dessin » ; je laisse d’ailleurs le spectateur libre : il peut ne voir que le « dessin », c’est-à-dire le graphisme, et il peut, s’il le veut, lire près du logogramme le texte de celui-ci, que je récris, après coup, en petites lettres lisibles.

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L’éditeur bruxellois Didier Devillez a publié, dans sa collection Fac-Similé, reprenant fidèlement l’édition originale (Ziggurat Antwerpen, 1978), J’écris, donc je crée, un seul long logogramme en 25 pages, précédé d’une introduction de Freddy de Vree et d’un texte signé Dotremont en 1977.

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