Ionesco/Délires à deux

Essai de calligraphie sonore par Massin d’après l’interprétation de Tsilla Chelton et de Jean-Louis Barrault à l’Odéon-Théâtre de France. Paris : Gallimard, 1966.

Mode d’emploi (p. 5)
Enfermés dans une chambre, un homme et une femme se disputent tandis qu’autour d’eux gronde l’émeute. Leurs propos, leurs injures, leurs cris sont entrecoupés de détonations : coups de feu, éclatement de grenades, explosions et, pour finir, le feu d’artifice de la victoire.
Prolongeant ainsi l’expérience récente d’une mise en scène typographique de la Cantatrice chauve, le metteur en page s’est efforcé cette fois de transcrire la voix humaine et le son. Cette écriture parlée, ou calligraphie sonore si l’on veut, vise à restituer le volume, la hauteur, la durée, le timbre et l’accent tonique – si faible soit-il en français – de la voix des deux interprètes ainsi que l’environnement sonore, à l’aide d’une typographie modulée et de taches ou accidents graphiques divers.
Il est inévitable que le délire à deux de ce couple entraînât un délire de l' »écriture ». Attention : cette calligraphie vocale, cette typographie à pas variable, pour arbitraires qu’elles soient, ne sont jamais gratuites. L’amusement du lecteur ou la plastique de la page ne devant pas faire oublier le caractère sérieux, voire rigoureux, d’une expérience qui fait entrevoir, peut-être, une perspective de réconciliation de l’image et du verbe.

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Blaise Cendrars/La prose du Transsibérien

La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France, poème écrit par Blaise Cendrars (1887-1961) est composé et illustré par l’artiste Sonia Delaunay (1885-1979) et publié aux éditions Les Hommes Nouveaux à la fin de l’année 1913. Il se présente comme un dépliant accordéon de 2 mètres de long, plié 10 fois. Une douzaine de polices de caractères différentes sont utilisées, et le texte est imprimé en couleurs. Les « blancs » du texte sont habillés de bandes de couleurs.

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Pierre Guyotat/Progénitures

Progénitures, paru chez Gallimard en 2000 est un livre qui s’écoute (il est d’ailleurs accompagné d’un CD), et la typographie est là comme une partition qui donne des indications sur la façon dont le texte doit se dire où s’entendre. Pierre Guyotat (écrivain français né en 1940) en parle ainsi dans Explications : … les paroles s’engendrent… progénitures de paroles ; c’est aussi comme ça qu’il faut comprendre le titre de l’œuvre » (p. 14). « Progénitures, ce n’est pas ma vision du monde, c’est la vision du monde qui s’organise dans mon chant ; quand ce chant cesse, la vision disparaît » (p. 82).
En fin d’ouvrage, une notice indique la manière dont le texte doit être lu en fonction de son enrichissement typographique : « Il convient de lire Progénitures dans le rythme syllabique du verset. La lecture, d’une traite, de chacun des versets – mes plus longs, aussi, dont, ici, la disposition typographique en « décalé(s) » indique l’unité – permet de faire apparaître tous les détails de la fiction et du sens.
Les mots ou groupes de mots mis en gras signalent les changements de figures, de lieux ou d’action. »
On peut entendre Pierre guyotat lire quelques pages de Progénitures sur Ubu web http://www.ubu.com/sound/guyotat.html

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Sam Winston

http://www.samwinston.com/

« Jeune artiste anglais, Sam Winston explore le langage écrit, avec lequel il crée des sculptures, des images, des livres qui interpellent notre regard sur les mots. Autant sur leur forme que sur leur sens. Ses méthodes de recherche sont celle de notre temps : statistique, collecte de données et analyse, programmation informatique. Ce qui ne l’empèche pas de se servir de ses mains : dessin, griffonnage, pliage découpe minutieuse et patiente sont à l’origine de ses créations. Une microchirurgie du texte qui en revèle l’essence, menant le spectateur à une compréhension nouvelle d’un art construit à partir de la typographie, et s’ouvrant sur une esthétique où le texte devient image.»
Esther Dudley, Conférenciere de l’histoire du Design, School of Art & Media Plymouth University

Sam Winston a commencé à écrire des histoires et vendre des livres d’artiste à l’Institut de Londres d’Art Contemporain. On peut maintenant trouver son travail dans des institutions et musées au Royaume-Uni et aux EU, y compris  MoMA à New York.
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Edwin A. Abbott, Flatland

Ecrit en 1884 par un théologien anglais, Edwin Abbott Abbott (1838-1926), Flatland est une allégorie politico-graphique, quelque part entre Lewis Carroll, Jonathan Swift et George Orwell. L’ouvrage est écrit par un carré qui vit dans un monde à deux dimensions : Flatland. Les femmes y sont des lignes, les soldats des triangles isocèles aux angles saillants, les cercles sont des prêtres (plus une figure a de côtés, plus elle est élevée socialement). Après avoir décrit en long et en large son monde bidimensionnel (un univers en noir et blanc un jour perturbé par l’arrivée de la couleur), le carré visite Lineland (un monde réduit à une seule ligne) avant de recevoir la visite étrange d’un habitant de Spaceland : une sphère. Ses convictions en seront changées à jamais…
Flatland, avec son style parfois ironique, peut se lire de diverses manières : il s’agit autant d’un ouvrage de vulgarisation mathématique accessible à tous (de 7 à 77 ans) qu’une critique des relations sociales de l’époque victorienne. Mais on peut aussi y déceler les propos d’un carré dont la foi vacille… Salué par certains (Ray Bradbury ou Isaac Asimov) comme l’un des textes précurseurs de la science fiction, cette nouvelle édition de Flatland reprend la meilleure des deux traductions françaises parues à ce jour, offre au lecteur une couverture en trois dimensions digne des mystères de Spaceland et une mise en page aux formes diverses. Comme l’écrit Ray Bradbury, la fête commencera lorsque le lecteur aura tourné la première page du livre. Faites-le sans attendre ! (présentation de l’ouvrage par l’éditeur : Zones sensibles)
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Jacques Roubaud Ode à la ligne 29

Ode à la ligne 29 des autobus parisiens est un texte en vers de Jacques Roubaud qui se déroule au rythme d’un trajet de bus, de ses arrêts successifs et des montées et descentes des voyageurs. Récit poétique et joyeux d’un passager de bus observateur autant que rêveur que l’on accompagne depuis La gare St Lazare jusqu’au terminus Porte de Montempoivre.
Chaque parenthèse, disgression, évocation et autres dérives au récit du trajet se concrétisent sur la page par un retrait et un changement de couleur du texte. Plusieurs voix, en somme, pour un seul homme.
Cette mise en forme typographique a été confiée à un groupe d’étudiants en DSA design typographique de l’école Estienne qui ont également conçus six différents projets de couverture qui ont tous été imprimés.
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Ionesco/Massin, La cantatrice chauve

Robert Massin publie aux éditions Gallimard en 1964 une mise en scène typographique de la pièce d’Eugène Ionesco, La Cantatrice Chauve.
“Le summum de la typographie expressive est atteint avec ce livre. Y sont employés les thèmes d’espace et de temps scénique dans la page imprimée. L’objectif est l’animation de la page avec des moyens typographiques associés à des bulles ou des photographies. Le photographe Henry Cohen a collaboré à cet ouvrage : les comédiens ont été photographiés dans leurs costumes originaux. Puis, les portraits ont été réalisés. Les caractères employés changent de sens suivant le ton de l’auteur, la diction, le volume et la voix. La respiration du texte est transcrite par des blancs qui jouent le rôle d’un silence en musique. M. et Mme Martin s’expriment en caractère Grotesque. M. et Mme Smith en Plantin, les femmes en Italique, les hommes en Romain, le capitaine des pompiers en Égyptienne allongée demi-grasse et la bonne en Cheltenham gras romain. La mise en scène de Nicolas Bataille est respectée : par exemple, la page est noire si la lumière est éteinte. Et la typographie se déplace lorsque les comédiens bougent. En outre, les retraits dans le texte représentent la position des comédiens sur le plateau. Le graphiste a également pris soin de respecter la durée. Ainsi, la scène des silences des couples Smith et Martin qui dure deux minutes à la représentation est étendue à 48 pages dans le livre.” (extrait de la présentation de l’ouvrage par la médiathèque de  Chartres ou sont conservées les archives de Massin)

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